Histoires de Paris

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Histoires d'art

Maria la Glu : Suzanne Valadon, de modèle à peintre autodidacte

À la fin du XIXe siècle, Montmartre est un monde à part, un quartier bouillonnant où se croisent artistes, modèles, écrivains et danseuses de cabaret. Dans cet univers où l’on vit d’art et de bohème, les figures féminines jouent un rôle central : elles inspirent, posent, mais sont rarement reconnues pour autre chose que leur beauté. C’est dans ce milieu que s’impose Suzanne Valadon, d’abord comme modèle, avant de devenir peintre.

Née en 1865 à Bessines-sur-Gartempe, dans la Haute-Vienne, sous le nom de Marie-Clémentine Valadon, elle grandit à Paris, où sa mère, célibataire, travaille comme blanchisseuse. Dès son plus jeune âge, elle est immergée dans le quartier populaire de Montmartre, où elle fréquente les rues animées et les ateliers d’artistes. Comme beaucoup de jeunes filles de son milieu, elle exerce plusieurs petits métiers avant de trouver sa place dans le monde de l’art, devenant l’un des modèles les plus recherchés de Montmartre.

Mais à la différence de nombreuses autres muses, elle refuse d’être une simple silhouette sur une toile. Son tempérament rebelle, son regard acéré et son ambition la distinguent immédiatement. Toulouse-Lautrec, qui admire autant sa beauté que sa personnalité indomptable, la surnomme « Maria la Glu ». Un sobriquet évocateur : il suggère à la fois son pouvoir d’attraction sur les hommes qui l’entourent et une certaine forme de danger, comme si elle pouvait les enfermer dans son emprise. Ce surnom trahit aussi la vision ambivalente que les artistes ont d’elle : tour à tour muse et provocatrice, elle fascine autant qu’elle dérange.

Très tôt, elle décide de changer de prénom et se fait appeler « Suzanne ». Un choix loin d’être anodin : il fait écho à l’histoire biblique de Suzanne et les vieillards, ce récit où une femme est observée à son insu, jugée par des hommes qui prétendent dicter son destin. Mais à la différence de la Suzanne biblique, Suzanne Valadon ne se contente pas d’être regardée : elle observe en retour, apprend et se forge un regard d’artiste.

Loin d’être une muse passive, elle profite de ses années de modèle pour s’initier aux secrets de la peinture. De Puvis de Chavannes à Renoir, de Toulouse-Lautrec à Degas, elle fréquente certains des plus grands maîtres de son temps. Mais plutôt que de se laisser façonner par eux, elle se façonne elle-même. Son passage du modèle à l’artiste constitue une trajectoire exceptionnelle dans un monde où les femmes sont rarement admises en tant que créatrices.

Comment Suzanne Valadon est-elle devenue l’une des figures les plus marquantes de Montmartre ? Quels peintres ont croisé sa route et en quoi son expérience de modèle a-t-elle nourri son regard d’artiste ? Pour comprendre cette transformation, il faut remonter aux années où elle posait encore dans les ateliers, avant d’empoigner à son tour crayons et pinceaux.

De Marie-Clémentine à Maria : un nom pour s’imposer dans les ateliers

Un pseudonyme pour se réinventer

Lorsqu’elle commence à poser pour les artistes montmartrois, Marie-Clémentine Valadon comprend rapidement que son prénom ne correspond pas à l’image qu’elle veut projeter. Trop long, trop marqué par ses origines populaires, il ne résonne pas avec le monde bohème dans lequel elle évolue. Comme beaucoup d’artistes et de modèles de son époque, elle choisit de modifier son nom pour mieux se fondre dans l’univers qu’elle s’invente.

Elle se fait d’abord appeler Maria, un prénom plus court, plus chantant, qui évoque une féminité intemporelle et universelle. Ce choix n’est pas anodin. Le prénom Maria évoque des figures de femmes à la fois sacrées et sensuelles, oscillant entre la Madone et la courtisane. Dans les milieux artistiques, ce nom renvoie à une esthétique exotique et romantique qui séduit les peintres. Il lui confère une aura mystérieuse, qui lui permet de s’affirmer dans un univers où les modèles sont nombreuses et souvent anonymes.

Son prénom de naissance ne disparaît pas complètement, mais il s’efface progressivement derrière cette nouvelle identité. C’est sous le nom de Maria qu’elle pose pour ses premiers peintres et qu’elle se fait remarquer.

Un hasard devenu opportunité : comment Maria est devenue modèle

La transition de Marie-Clémentine à Maria se fait à un moment où elle cherche à survivre à Montmartre. Après l’accident qui met fin à ses ambitions de circassienne, elle doit trouver un autre moyen de subsistance. Dans le Montmartre des années 1880, poser pour les artistes est une source de revenus accessible pour une jeune fille issue d’un milieu modeste.

C’est dans ce contexte que Pierre Puvis de Chavannes la remarque et l’introduit dans son atelier. Le peintre symboliste, connu pour ses grandes compositions murales, cherche des modèles aux traits marquants pour ses figures féminines idéalisées. Maria, avec son corps souple et son regard vif, attire son attention. C’est pour lui qu’elle pose pour la première fois, découvrant l’univers feutré et studieux des ateliers de peinture.

Rapidement, elle se fait connaître dans le milieu des peintres montmartrois. Sa présence, sa gestuelle et son expressivité séduisent. Auguste Renoir, toujours à la recherche de modèles incarnant une sensualité naturelle, la choisit pour plusieurs de ses toiles, dont Danse à Bougival. Avec lui, Maria apprend à poser dans des attitudes pleines de vie, capturant le mouvement et la lumière.

Mais c’est surtout sa rencontre avec Henri de Toulouse-Lautrec qui marque un tournant. L’artiste, qui observe avec fascination la bohème montmartroise, apprécie la personnalité rebelle et indépendante de Maria autant que son physique. Il la croque à plusieurs reprises et la fait entrer dans son cercle d’amis. C’est lui qui, amusé par son caractère insaisissable, la surnomme « Maria la Glu ».

Maria la Glu : une muse insaisissable

Ce surnom, qui restera attaché à sa légende, est inspiré du roman La Glu de Jean Richepin (1881), où une femme fatale ensorcelle les hommes et les rend fous d’amour. Toulouse-Lautrec, en baptisant ainsi Maria, souligne son pouvoir d’attraction mais aussi une forme de défiance : il sait qu’elle n’est pas du genre à se laisser dominer.

Dans les ateliers et les cafés, son surnom circule. Elle devient une figure montmartroise incontournable, une muse qui ne se contente pas de poser, mais qui fascine et intrigue. Contrairement à d’autres modèles, elle ne s’efface pas derrière les peintres : elle impose sa présence, elle parle, elle observe, elle noue des amitiés artistiques.

C’est à cette époque qu’elle commence à s’intéresser au dessin, capturant elle-même les visages et les corps qu’elle côtoie. Peu à peu, Maria la Glu devient Suzanne Valadon, et la muse laisse place à l’artiste.

Si Maria est d’abord un nom de scène, un moyen pour Marie-Clémentine Valadon de se réinventer et d’exister dans le monde artistique, il marque surtout une étape essentielle dans sa transformation. De simple modèle, elle devient une muse admirée, à la fois inspiratrice et personnalité montmartroise à part entière. Mais son ambition dépasse déjà ce rôle : elle veut comprendre l’art, elle veut créer. Et bientôt, elle ne se contentera plus d’être peinte : elle peindra elle-même.

Muse et modèle des peintres montmartrois

Maria devient Suzanne : un pseudonyme pour se transformer

Avant de devenir Suzanne Valadon, Maria (ou Marie selon certaines sources) était une jeune fille issue d’un milieu modeste, née en 1865. Elle grandit dans un environnement difficile, où elle cherche sa place à travers des emplois de couturière, puis comme acrobate dans le monde du cirque. C’est en s’intégrant à l’effervescence artistique de Montmartre qu’elle décide de se faire appeler Suzanne, un prénom qui la distingue et marque le début de son émancipation. Ce pseudonyme est plus qu’un simple changement d’identité : il devient le symbole de sa réinvention. Le prénom Suzanne fait référence à une figure biblique, celle de Suzanne la belle, mais il symbolise surtout la force de la femme qui refuse d’être réduite à une image figée et à un rôle passif.

Suzanne, ainsi rebaptisée, va rapidement se faire remarquer dans les cercles d’artistes de Montmartre. Elle choisit de devenir modèle par nécessité, mais aussi en raison de la proximité géographique et sociale avec les artistes du quartier. Les peintres et les sculpteurs montmartrois sont en quête de modèles pour leurs œuvres, et Suzanne s’impose naturellement dans cet univers. Ce rôle n’est pas celui d’une simple figure décorative, elle devient rapidement une présence incontournable dans les ateliers de nombreux artistes. Mais plus qu’une simple source d’inspiration visuelle, elle incarne un idéalisme moderne, une sensualité contemporaine et une certaine forme d’insoumission.

Les peintres académiques : une immersion dans un univers rigide

Les premiers pas de Suzanne en tant que modèle se font dans des ateliers académiques, où elle doit apprendre à poser de manière statique et idéale, dans un monde artistique qui valorise avant tout la rigueur du dessin et les proportions parfaites. Elle se fait connaître dans ces milieux grâce à des artistes comme Pierre Puvis de Chavannes et Jean-Eugène Clary, qui l’intègrent à leurs ateliers. Ces peintres, issus du monde académique et symboliste, valorisent un corps idéalisé, pur et sculptural.

Sous leur regard, Suzanne devient une muse idéalisée, un archétype du corps féminin. Ces premières représentations d’elle fixent un modèle de beauté classique, qui semble presque figé. Elle devient le parfait reflet des canons traditionnels de l’art académique, où la perfection et l’idéalisation du corps féminin sont des valeurs centrales. Ce parcours de modèle l’initie à la discipline de l’art et lui apprend à comprendre les exigences techniques des artistes. Mais, ce n’est que dans des cercles plus modernes, comme celui des impressionnistes et des post-impressionnistes, que Suzanne va commencer à revendiquer une place plus active et émancipée.

L’arrivée des impressionnistes et post-impressionnistes : une muse indocile et libérée

C’est au contact des impressionnistes, et plus particulièrement de Pierre-Auguste Renoir, que Suzanne commence à se réinventer. Renoir, qui la peint à plusieurs reprises dans des œuvres comme Baigneuse blonde ou Danse à Bougival, la capture dans une lumière vivante, pleine de sensualité et de modernité. Dans ses portraits, Suzanne n’est plus simplement une figure décorative : elle devient l’incarnation de la femmes moderne, vivante, naturelle et pleine de grâce.

Mais c’est avec Henri de Toulouse-Lautrec que la transformation de Suzanne en tant que muse indocile et libre se fait véritablement. Lautrec, avec son regard perçant et ses représentations non conventionnelles, s’intéresse à elle de manière plus complexe. Dans ses œuvres comme La Buveuse, il la dépeint non pas comme un simple modèle de beauté mais comme une femme indépendante, à la fois insoumise et déterminée, capable de vivre selon ses propres règles. Lautrec, toujours en quête de personnages uniques à capturer dans ses toiles, trouve en Suzanne un sujet qui lui permet de jouer avec la lumière, les couleurs et les formes. Il lui attribue le surnom de “Maria la Glu”, une référence à sa personnalité tenace et à sa manière de s’affirmer dans un monde d’art dominé par les hommes. Ce surnom fait écho à son côté rebelle et insaisissable, mais aussi à la manière dont elle s’impose dans l’imaginaire artistique de l’époque.

Ainsi, à travers la peinture de Renoir et Lautrec, Suzanne se transforme d’un simple modèle passif à une muse indocile, incarnant à la fois la liberté et la sensualité de la femme moderne. Elle devient un sujet de représentation qui n’est plus soumis aux seules règles de l’art académique. Elle s’affirme par ses poses audacieuses, son regard captivant et son caractère qui échappe aux conventions sociales et artistiques de l’époque.

Le cercle montmartrois : une immersion dans l’avant-garde artistique

Au-delà de ses relations avec Renoir et Lautrec, Suzanne Valadon devient une figure centrale du cercle montmartrois, un lieu d’échanges, de débats et de création. Théophile Steinlen, l’artiste du Chat Noir, l’introduit dans ce milieu bouillonnant, où se croisent les plus grands noms de l’avant-garde artistique. Suzanne n’est pas seulement un modèle ; elle est également une source d’inspiration pour des artistes qui cherchent à rompre avec les traditions et à renouveler les codes de la représentation artistique.

Dans ce cercle dynamique, elle rencontre d’autres peintres qui, eux aussi, voient en elle une source d’inspiration pour des œuvres de plus en plus audacieuses. L’émergence de la peinture moderne et de la représentation du corps féminin de manière réaliste et non idéalisée trouve en Suzanne Valadon une figure qui incarne cette rupture.

Ainsi, au fil des années, Suzanne devient une muse mais aussi une créatrice à part entière, et l’une des figures emblématiques de l’art de Montmartre. Grâce à sa rencontre avec des peintres comme Renoir, Lautrec, ou encore Degas, qui lui conseille de se tourner vers la peinture, elle trouve une voie pour s’émanciper des contraintes imposées au modèle et commencer à créer à son tour, marquant ainsi le passage d’une muse passive à une artiste active et indépendante.

Une muse qui s’émancipe : du modèle à l’artiste

L’observation et l’apprentissage autodidacte : les leçons tirées de ses poses pour Renoir et Lautrec

Suzanne Valadon, tout au long de ses années en tant que modèle, développe une relation particulière avec les artistes qui la peignent. Plus qu’un simple modèle passif, elle observe, apprend et absorbe des techniques qu’elle commence à adapter à son propre regard. Ses poses pour Renoir, notamment, ne se contentent pas de suivre les instructions d’un peintre, elles deviennent une leçon de vie et d’art. Grâce à sa familiarité avec les gestes des peintres, Suzanne commence à comprendre l’art de la lumière, des ombres, et de la composition.

Sous l’influence de Renoir, elle apprend à représenter la sensualité sans tomber dans les clichés, en capturant la fraîcheur et la naturalité des formes humaines. Ces apprentissages, bien que reçus dans le cadre de son rôle de modèle, ne restent pas confinés à cet espace. Suzanne, fascinée par les techniques utilisées pour sa propre représentation, commence à expérimenter par elle-même, se lançant dans des esquisses et des compositions, qu’elle garde parfois pour elle-même, et parfois partage avec d’autres artistes. La dimension autodidacte de son parcours est essentielle : elle n’a jamais suivi de formation académique, mais a absorbé l’essence des techniques de ses contemporains, y trouvant sa propre voix.

L’influence de Toulouse-Lautrec et Degas : encouragements à dessiner et premiers essais

C’est avec Henri de Toulouse-Lautrec, l’un des artistes les plus influents de Montmartre, que Suzanne prend un tournant décisif dans sa carrière. Lautrec voit en elle une artiste en devenir et encourage sa transformation de modèle en peintre. Dans leurs échanges, il lui conseille de s’essayer au dessin, en l’encourageant à capturer la spontanéité et l’énergie de la vie montmartroise. Lautrec lui prodigue des conseils techniques, l’incitant à travailler non seulement son regard mais aussi ses mains, à maîtriser les lignes et les contours. L’influence de Lautrec est déterminante dans la quête de Suzanne pour devenir peintre.

Un autre artiste majeur, Edgar Degas, joue également un rôle clé. Reconnu pour sa maîtrise du dessin, notamment dans la représentation du corps humain, il encourage Suzanne à s’essayer à la peinture. Sous son influence, elle prend des risques en expérimentant des formes plus libres et plus brutes, souvent loin des conventions artistiques de son époque. Les premiers essais de Suzanne sont caractérisés par des recherches sur le mouvement et l’expressivité du corps, des qualités qui marqueront son œuvre par la suite.

Un regard différent sur le corps féminin : rupture avec l’image idéalisée des modèles, affirmation d’un style personnel

Au-delà de l’apprentissage technique, Suzanne Valadon s’affranchit rapidement des conventions académiques et des stéréotypes traditionnels sur la représentation du corps féminin. Elle rompt avec l’image idéalisée et lisse des modèles féminins, que ce soit dans l’art académique ou dans les portraits traditionnels. En tant qu’artiste, elle développe une vision du corps féminin plus réaliste, plus charnelle, et plus authentique.

Son traitement du corps, souvent avec des lignes nettes et des couleurs franches, prend des formes qui s’éloignent de l’idée d’une beauté figée. Elle se distingue par une manière de représenter la féminité qui n’est pas soumise aux standards de beauté imposés par la société de son époque. Ses figures féminines ne sont pas idéalisées, elles sont souvent robustes, puissantes, dotées d’une humanité tangible et dépourvues de la grâce un peu artificielle des modèles traditionnels. Cette approche marque une rupture avec l’image dominante de la femme dans l’art de son époque, tout en mettant en valeur la force et la personnalité de ses sujets.

Ainsi, Suzanne s’impose non seulement comme une muse indomptable, mais aussi comme une créatrice résolument moderne, capable de remettre en question les codes de son époque. Ses portraits de femmes n’idéalisent pas le corps, mais l’affirment dans toute sa diversité et son authenticité. Elle peint des femmes dans leur quotidien, sans fard, sans embellissement, et souvent dans des situations non conventionnelles.

L’émancipation définitive : reconnaissance par Degas, passage de l’ombre à la lumière en tant qu’artiste indépendante

Finalement, le passage de Suzanne Valadon du rôle de modèle à celui d’artiste se fait officiellement lorsque l’artiste est reconnue par les figures les plus importantes de son époque. En 1894, Edgar Degas, impressionné par ses premiers travaux, lui donne une reconnaissance formelle, ce qui marque un tournant dans sa carrière. Il lui offre l’opportunité de montrer ses dessins et de participer à des expositions collectives avec d’autres artistes prestigieux. C’est un moment clé dans son parcours, une validation par un artiste de renom qui la propulse hors de l’ombre des ateliers.

Dès lors, Suzanne Valadon n’est plus seulement vue comme une figure de modèle : elle devient une artiste à part entière, reconnue pour son travail personnel. Elle commence à exposer ses œuvres, qui connaissent un succès immédiat, en particulier auprès des critiques et du public. Son regard unique sur la condition féminine, la nature, et la société fait d’elle une figure marquante de l’art moderne. Son émancipation est totale, et son parcours de modèle devenu peintre devient un symbole de l’auto-détermination et de la force créative des femmes dans l’art.

Conclusion : Une trajectoire unique entre modèle et artiste

Suzanne Valadon, de Maria la Glu à Suzanne Valadon, incarne une trajectoire hors du commun dans l’histoire de l’art. D’abord modèle des grands peintres montmartrois, elle devient une muse incontournable et une figure de la modernité, inspirant des artistes tels que Renoir, Lautrec, et Degas. Mais ce parcours ne se limite pas à une simple passivité créative. Grâce à son observation perspicace et à sa soif de comprendre les techniques des maîtres, Valadon s’émancipe progressivement de son statut de modèle pour devenir, elle-même, artiste indépendante.

Son travail, loin des conventions académiques de l’époque, apporte une vision nouvelle de la représentation du corps féminin, affranchie des normes esthétiques imposées. Elle réussit à transformer sa musique silencieuse de modèle en création visuelle vibrante, affirmant une approche du corps plus réaliste et authentique. En brisant les chaînes de l’idéalisme et de la soumission aux regards masculins, Suzanne Valadon devient, au-delà de la muse, une figure féminine forte et émancipée, dont le parcours précède et anticipe les grandes luttes pour la reconnaissance des artistes femmes.

En se réappropriant les codes de la peinture et en défiant les attentes sociétales, Suzanne Valadon a marqué son époque, non seulement par sa capacité à se réinventer, mais aussi par sa détermination à transformer son rôle de modèle en une véritable affirmation artistique. Elle est la preuve vivante que l’art, tout comme la vie, peut être réinventé, qu’il n’y a pas de chemin tout tracé, et qu’une muse peut un jour devenir une créatrice incontournable.

Sources bibliographiques : 

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Gauthier, Charlotte J.L. Histoire des femmes artistes. Paris : Éditions de l’Art Moderne, 2006.

Faroult, Guillaume. Femmes artistes au XXe siècle. Paris : Éditions du Chêne, 2010.

Catalogue du Musée de Montmartre. Suzanne Valadon. Paris : Musée de Montmartre, 2003.

Musée Marmottan. Suzanne Valadon : Peintre et modèle. Catalogue d’exposition. Paris : Musée Marmottan, 2018